Intention


par Bastien Ossart

Je me souviens de mon grand-père gonflant les détails et les événements des anecdotes les plus anodines, à la fois pour jouir du regard émerveillé de l’enfant que j’étais et aussi je crois pour tirer l’extraordinaire de toutes choses. Tel est le lot des pauvres gens, qui font beaucoup avec rien.

Je me souviens de mon père et de cette Dulcinée que représentait ma mère lorsqu’il protégeait son visage des vents trop forts. Je me souviens de la révolte de mon ami face aux injustices de ce monde et du jour, sans qu’il cherchât à me le faire savoir, où je compris que la compassion désintéressée existait vraiment et que nous pouvions souffrir pour le monde.

Je me souviens du moment incroyable où j’ai réalisé que j’aurais pu donner ma vie plutôt que voir souffrir un être que j’aimais et que cela n’avait rien de romantique.

Je me souviens de ces hordes d’impuissants, qui doublent en général leur inactivité par leurs impitoyables jugements envers le mouvement des autres. Comme disait Jules Clarétie : « Tout homme qui dirige quelque chose, a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose,ceux qui font précisément le contraire, et surtout la grande armée des gens d’autant plus sévères qui ne font rien du tout. ». Et j’ose à demi-mots avouer qu’il m’arriva d’être de ceux-là.

Je me souviens lorsque, comme tout adolescent de dix-sept ans, je lus Che Guevarra, Gandhi ou Luther King et compris qu’il était véritablement possible de donner sa vie pour un monde meilleur. Plus, je compris même que c’en était la condition sine qua non.

Je me souviens aussi de cette amie fidèle, cette âme soeur, qui me prouva souvent que « ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas, mais c’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile ».Et je me souviens par-dessus tout de mon enfance, comme nous nous en souvenons tous. Pas de ses souvenirs, mais de sa grâce à ETRE. L’odeur de l’enfance est un parfum tenace qui ne nous quitte pas avant de l’avoir reniflé à nouveau.

Cette enfance qui nous rend vivants, francs et honnêtes. L’enfance dans le coeur d’un homme, l’enfance faite homme. Car qui a oublié son innocence et sa joie ne peut pas aspirer à devenir un homme.Rien de nostalgique ici. Seulement une prévention. Il nous faut veiller au grain.

Souvenons nous que nous sommes faits de poussières d’étoile comme nous l’a montré Hubert Reeves, et que nous sommes infiniment plus grands que nos petits soucis.

Souvenons-nous d’où nous venons pour simplifier le chemin qui s’ouvre. N’oublions pas que l’idéalisme est bon pour les autres aussi. Et qu’un monde sans idéalisme et sans utopie serait bien ennuyeux. Rappelons nous d’oser même quand c’est difficile. Il est des heures parfois où il est plus important d’essayer que de réussir.

Tout seul c'est bien. A deux (ou plus) c'est encore mieux. Quixote est notre petite piqûre de rappel. Et n’oublions pas, jamais, oh non jamais, de rire.